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21ème DIMANCHE APRÈS PENTECÔTE

LA DETTE REMISE

Mgr Jean, évêque de Saint Denis

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen !

Saint Paul dit, dans l'épître d'aujourd'hui« nous ne luttons pas contre la chair et le sang, mais contre les puissances de l'air ». Vous avez compris qu'il s'agit du démon. Et, certes, ce n'est pas un concept intellectuel... mais une personnalité, nombreuse d'ailleurs, un peu indistincte pour nous. Il s'oppose à l'essentiel de notre transformation, à nous qui sommes les disciples du Christ et aussi à ceux qui ne le sont pas.

Commençons par nous-mêmes. Quel est l'essentiel de notre transformation? Si nous avons bien écouté l'évangile de ce jour, le Christ termine par cette phrase : «Pardonnez, vous avez peu à pardonner, remettez car vous avez peu à remettre, comme le Père vous remet, il y a beaucoup à remettre car Il a tout donné. Mais surtout, Il termine en disant : remettez du fond du cœur car si vous ne le faites pas, si vous ne remettez pas les dettes intégralement, le Père, votre Père céleste, agira comme il a été dit dans la parabole, avec la même dureté...

Cela pose la question de l'essentiel de la transformation de notre être. Revenons un peu en arrière, au commencement de l'évangile du sermon sur la montagne :« si tu dis fou à ton frère dans ton cœur, tu es digne de la Géhenne. Celui qui ne remets pas les dettes sera persécuté par un feu qui ne s'éteindra pas ».

Le désir du démon est d'empêcher l'homme d'accomplir sa destinée, en lui rendant impossible la remise des dettes. Quelle destinée ? C'est ce que nous allons contempler.

Au fond, de prime abord, nous sommes devant un commandement qui nous dit de remettre les dettes et de pardonner, cela peut paraître facile au début. Il est facile de pardonner ce qui nous atteint peu ou qui nous est indifférent. Mais il est beaucoup plus difficile de remettre les petites amertumes, les dédains ou les heurts que nous avons avec des proches. Nous connaissons cette épreuve quotidienne des chocs avec les uns et avec les autres qui provoquent en nous mépris, agacement et même amertume, sentiments infiniment préjudiciables à notre propre existence.

Il semble que le Christ nous appelle à quelque chose de plus grand que le martyre, par le pardon. Il semble presque impossible à un homme d'être à la hauteur de ce pardon. Il est peut-être plus facile, semble-t-il, d'être un mystique ou un héros. Il est aisé de pratiquer l'ascèse ou la prière et de se tenir presque comme un ascète solitaire pour conquérir le royaume des cieux ou du moins pour essayer. En revanche, il est très difficile de pardonner, de remettre les dettes et, inversement de demander pardon.

Lorsqu'on parle de pardonner, c'est pardonner jusqu'au bout et non superficiellement. Alors, l'on peut se demander maintenant, pourquoi le Christ insiste tellement, avec une parabole aussi puissante que difficile à comprendre. Pourquoi ? Parce qu'Il veut que nous devenions des chrétiens car nous ne sommes pas véritablement les disciples du Christ, sinon nous pardonnerions complète-ment... S'Il paraît demander une chose impossible, s'Il le dit avec autant de force, c'est pour que nous demandions l'instrument pour pouvoir y parvenir. Et quel est l'instrument qui nous permettra de pardonner jusqu'au fond du coeur ? La réponse est simple : invoquons l'Esprit Saint de Dieu, pour qu'Il nous pénètre et fasse de nous les disciples du Fils de Dieu.

Nous acceptons, les uns et les autres, les sacrements. Nous allons communier tout à l'heure, mais ce n'est pas suffisant. Nous venons à la Divine Liturgie, mais ce n'est pas suffisant. Qu'est-ce qui doit se profiler derrière ? Le plan de Dieu pour chacun d'entre nous et pour nous tous. Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu, voilà la volonté divine : c'est que nous devenions des dieux. Voilà pourquoi si nous voulons faire Sa volonté la route passe par la remise des dettes, car Lui. Il remet tout. Alors, nous devons nous acheminer vers cet accomplissement, mais pour y parvenir il convient de devenir semblable à Dieu et c'est l'Esprit Saint de Dieu qui nous procure la possibilité d'y parvenir.

Terminons sur une remarque. J'ai dit qu'il était facile d'être un héros ou un mystique. Pourtant, souvent, Dieu s'y oppose et nous jette au sein de la communauté des chrétiens et cela devient une rude épreuve ! Nous ne nous articulons pas les uns aux autres, nous nous pardonnons rarement les événements, chocs ou heurts. Bénissons Dieu pour les agitation qui peuvent survenir car cela nous est justement pour apprendre à transformer profondément et essentiellement notre être.

Bénissons Dieu de nous envoyer de petites épreuves quotidiennes, ces sortes d'ennemis, ces agacements, ces heurts, etc. Ce sont eux qui sont les missionnaires de l'Esprit Saint auprès de nous, pour nous évangéliser et nous rendre conformes progressivement au Christ, Fils de Dieu et Sauveur.

Prenons cette route, transformons notre être, ne venons pas seulement pour la vie liturgique, venons, ne venons pas seulement pour les sacrements, nourrissons-nous, mais faisons l'effort de nous transformer pour devenir les fils d'un Père qui, contrairement à ce que l'on peut penser, laissera se produire cette multitude de petites épreuves pour que nous demandions l'aide de L'Esprit Saint qui nous aidera à devenir des êtres conformes au plan de notre Seigneur Jésus Christ. À Lui soit la Gloire aux siècles des siècles !

Amen !

Site fondé par Père Guy Barrandon († 15 Octobre 2011)