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5ème DIMANCHE DE CARÊME

Pourquoi la Passion ?

Mgr Jean, évêque de Saint Denis

Nous sommes au dimanche de la Passion. Le terme n'est pas impropre comme certains ont pu le penser. Il n'y a pas longtemps, l'un de vous le demandait : pourquoi parler de la Passion avant le dimanche des Rameaux ? La Passion de notre Seigneur se déroule pendant la Semaine Sainte, les Jeudi et Vendredi Saints. Le dimanche d'aujourd’hui est celui de la préparation à la Passion et à la Résurrection du Christ. C'est le dimanche de l'initiation. Avant que de nous faire entrer par les Rameaux dans le grand mystère, l'Eglise veut que les fidèles soient initiés, conscients de ce qui se passera au long de la Grande Semaine. Comme le Christ emmena trois apôtres au Mont Thabor et conversa devant eux avec Elie et Moïse des mystères de sa mort et de sa Résurrection, tout en leur manifestant simultanément sa divinité afin que les apôtres et l'Eglise croient qu'Il est mort non pas victime mais libre, étant pleinement Dieu et pleinement homme ; de même, l'Eglise, pendant la semaine de la Passion, à partir d'aujourd'hui jusqu'à vendredi, nous introduira derrière le rideau du mystère, selonla parole de saint Paul. L'Eglise veut que les chrétiens ne soient pas des chrétiens aveugles, mais un troupeau raisonnable,initié, éclairé, participant consciemment au Mystère ineffable et non à la manière des gens du dehors, dépourvus de la lumière du Christ. Elle veut que les chrétiens soient initiés.

Considérez attentivement les services de cette semaine. Quel est le sens de l'évangile d'aujourd'hui ? La divinité du Christ. Le Christ affirme : Je suis Dieu, et si Je ne disais pas ce que Je suis, Je serais un menteur. Il le dit avec une telle force !«Avant qu'Abraham fut,JE SUIS !» «JE SUIS»est le Nom divin. Je ne suis pas un Dieu inférieur, intermédiaire, une divinité parmi les divinités, Je suis Dieu. Et c'est un homme qui dit pareille chose ? Avez-vous vu l'indignation des pharisiens et des autres ? Ils Le traitent d'insensé, d'hérétique, de possédé et ils veulent Le lapider.

Auparavant, Il cachait sa divinité, Il aimait à S’appeler Fils de l’homme, pour exprimer qu'Il était un homme et non un ange ou une apparition, qu'Il était incarné en vérité, vraiment chair, vraiment homme comme nous. Il manifestera en plénitude cette humanité dans la semaine de la Passion ; néanmoins, avant cette Passion, ayant déjà enseigné qu'Il est pleinement homme, Il nous conduit derrière le voile de sa chair, derrière le voile des apparences, derrière la forme d'esclave et articule :«Je suis Celui qui est», en dehors du temps.«Je connais mon Père»; Il ne dit pas :«J'ai connu», mais :«Je connais». «Je suis Dieu».Voilà pourquoi lorsque nous appelons ce dimanche : dimanche de la Passion, nous soulignons que c'est un Dieu qui meurt pour nous, pour comprendre toute la valeur de l'enseignement de l'apôtre Paul lorsqu'il dit que si le sang des boucs et le feu du sacrifice nous purifient, combien plus pleinement et absolument le sang du Christ et le feu de l'Esprit Saint !

Lorsque du sang est versé, lorsqu'un homme est tué, le lieu est souillé et quand le feu arrive, il brûle, détruit, et le lieu tombe en ruines. Mais derrière ces actions et destructions extérieures, se cache le mystère du sang versé sur la croix et le feu du Saint-Esprit. Pourquoi ?

Quand vous aimez, quelle sensation éprouvez-vous ? Le sang se réchauffe, vous sentez une flamme, vous sentez que le cœur est le centre de la circulation du sang. Le sang et le feu ensemble, c'est l'amour ; si le feu et le sang souillent, détruisent et apportent la mort et la destruction, c'est parce que l'humanité a refusé l'amour de Dieu.

Et nous voici face au deuxième mystère. Le premier mystère, c'est qu'un Dieu est venu mourir pour nous dans son humanité ; le deuxième mystère, c'est que notre salut s'accomplit sous les apparences de la destruction, car c'est la«mort-souillure»du Christ qui est devenue notre salut, par le sang de la Croix, par le feu de la Pentecôte, par l'amour qui les inspire tous deux : voilà la préparation essentielle de cette semaine qui précède la Semaine Sainte.

Mais l'Eglise m'appelle à vous dire d’autres choses ; d'abord vous inviter tous à venir le plus possible le samedi soir, veille des Rameaux, afin de vivre le mystère. Cette semaine vous est offerte pour que vous vous identifiiez au Christ. Si vous désirez comprendre quelque chose à votre destinée, à vos malheurs ou à vos joies, identifiez-vous au Christ. Saint Irénée dit un jour à un nouveau baptisé : tu es mort, tu es ressuscité, tu es le Christ. Et je puis dire à chacun de vous : tu es le Christ, car tu es dans le Christ si tu vis sa vie. Ta vie n'est qu'un élément plus ou moins parfait de sa vie. Si vous vous identifiez au Christ, si vous devenez«un» avec Lui, alors il n'est plus de choses absurdes, incompréhensibles : tout s'éclaire.

Comment parvenir vraiment au Christ ? Une fois par an, vivre totalement le centre de la vie du Christ, sa Passion, sa Résurrection, en allant du jour des Rameaux jusqu'à la nuit de Pâques, en arrachant le plus de temps possible pour être dans le Temple, en appelant le maximum d'êtres autour de vous afin qu'ils participent aussi à sa mort et à sa Résurrection. Car, voyez-vous, si l'on ne s'agrège pas pendant cette semaine au Christ, on s'identifiera au diable et l'on perdra le sens réel du mystère. On ne vient pas à l'église pour recevoir un soulagement, sauver son âme ou accomplir un devoir religieux. Le rite sacré qui se déploie devant vos yeux et dont vous vous approchez transforme le monde ! C'est pourquoi nous l'appelons liturgie : action en commun, théurgie : action divine. Ici, dans l'Eglise, sont les travailleurs du monde nouveau : ceux qui construisent consciemment la divine Liturgie. Nous construisons ensemble le Temple invisible du monde neuf, le Corps parfait du Christ.

Je demanderai à un acolyte, après la messe, de distribuer le pain, et à un autre de vous donner le programme de la Semaine Sainte. Distribuez, distribuez les programmes autour de vous, invitez, poussez, contraignez à venir à nos banquets, comme dit l'Evangile, les estropiés, les déséquilibrés, les angoissés, les malades. Remplissez l'Eglise, greffez-les tous au mystère du Christ !

Aux laudes des Rameaux, la procession sort de l'église, la porte est fermée, un enfant demeuré à l'intérieur dialogue avec le célébrant qui ordonne que les portes s'ouvrent et laissent entrer Dieu. Nous partons combattre triomphalement la mort. Le Christ s’avance comme Roi des Rois dans Jérusalem, Il se dresse contre la mort et l'enfer.

Pourquoi y a-t-il tant d'âmes troublées, possédées ? C'est simple : parce que l'homme ne s'identifie plus à l'entrée triomphale du Christ victorieux.

Le dimanche soir, les Lundi et Mardi Saints, nous écouterons le dernier enseignement du Christ sur la seconde Venue, nous plaçant avec le chantre dans l'attente de l'Epoux qui surgit la nuit, à l'improviste, et nous demanderons d'ouvrir les portes du Royaume céleste, de la chambre nuptiale. Qu'est cette chambre nuptiale, avant la mort et les souffrances du Christ ? Il est compréhensible de chanter, d'attendre le banquet de l'Epoux et de l'Epouse, du Christ, de l'Eglise et du monde à l'instant de la Résurrection, mais pourquoi préparer la Passion tragique de Dieu-Homme en gardant cette vision du mariage mystique de Dieu et du cosmos ? Oh ! parce que, caché par les douleurs du Sauveur, son abandon, sa solitude, derrière le voile, nous contemplons le mariage du Christ. Il dépose le baiser d’amour sur la mort, et la mort se réveille, éclate et devient la vie. Il baise par sa souffrance toutes celles du monde, et les souffrances éclatent en joie de la Résurrection, et nous chanterons ensuite que le tombeau est comme une chambre nuptiale de laquelle sort l'Epoux. Voyez : Il va descendre jusqu'en enfer, semblable à un époux de l'enfer pour transformer l'enfer en paradis. Réalisez-vous sa puissance ?

Je ne puis expliquer pas à pas la grandeur de la Semaine Sainte. Par grâce suivez-la ! Vous êtes appelés à coopérer au salut, à tous les aspects du mystère, conduisant ceux qui vous entourent afin quetousprofitent de cet instant unique de l'année sur lequel est suspendue l'année tout entière.

Que Dieu vous bénisse.

Site fondé par Père Guy Barrandon († 15 Octobre 2011)