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6ème DIMANCHE APRÈS PENTECÔTE

Multiplication des pains

St Ephrem de Nisibe

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

En ce dimanche de la multiplication des pains, je voudrais essayer de rapprocher deux miracles qui expriment la Puissance et la Bonté divines.

Au désert notre Seigneur multiplia donc le pain, et à Cana il changea l'eau en vin. Il habitua ainsi la bouche de ses disciples à son pain et à son vin, jusqu'au temps où il leur donnerait son corps et son sang. Il leur fit goûter un pain et un vin transitoires, pour exciter en eux le désir de son corps et de son sang vivifiants. Il leur donna libéralement ces menues choses, pour qu'ils sachent que son don suprême serait gratuit.

Non seulement il nous a comblés gratuitement de ses dons, mais encore il nous a affectueusement traités. Car il nous a donné gratuitement ces menues choses pour nous attirer, afin que nous allions et recevions gratuitement cette si grande chose qu'est l'Eucharistie.

Ces menus morceaux de pain et de vin qu'il a donnés étaient doux à la bouche, mais le don de son corps et de son sang est utile à l'esprit. Il nous a attirés par ces choses agréables au palais, afin de nous entraîner vers ce qui vivifie les âmes. Il a caché de la douceur dans le vin qu'il a fait, pour indiquer aux convives quel trésor magnifique est caché dans son sang vivifiant.

Comme premier signe, il fit un vin réjouissant pour les convives, afin de manifester que son sang réjouirait toutes les nations. Le vin intervient dans toutes les joies imaginables, et de même toutes les délivrances se rattachent au mystère de son sang. Il donna aux convives un vin excellent qui transforma leur esprit, pour leur faire savoir que la doctrine dont il les abreuverait transformerait leur cœur.

Ce qui n'était d'abord que de l'eau fut changé en vin dans les amphores ; c'était le symbole du premier commandement amené à la perfection ; l'eau transformée, c'était la loi perfectionnée. Les convives buvaient ce qui avait été de l'eau, mais sans goûter l'eau. De même, lorsque nous entendons les anciens commandements, nous les goûtons dans leur saveur nouvelle. Au précepte :«Gifle pour gifle»,a été substituée la perfection :«À celui qui te frappe, présente l'autre joue».

La Puissance divine s'exprime dans la multiplication des pains, en effet, l'œuvre du Seigneur atteint tout ; en un clin d'œil, il a multiplié un peu de pain. Ce que les hommes font et transforment en dix mois de travail, ses dix doigts l'ont fait en un instant.

Ses mains furent comme une terre sous le pain; et sa parole comme le tonnerre au-dessus de lui; le murmure de ses lèvres se répandit sur lui comme une rosée et le souffle de sa bouche fut comme le soleil; en un très court instant il a mené à bout ce qui demande normalement toute une longue heure. De la petite quantité de pain est née une multitude de pains ; comme lors de la première bénédiction: «Engendrez et croissez, et multipliez-vous».Les morceaux ont fructifié par sa bénédiction, à la manière de femmes auparavant stériles et privées d'enfants, et des fragments multiples en sont provenus.

Le Seigneur a démontré la vigueur pénétrante de sa parole à ceux qui l'exécutaient, et la rapidité avec laquelle il octroyait ses dons à ceux qui en bénéficiaient. Il n'a pas multiplié le pain autant qu'il l'aurait pu, mais jusqu'à la mesure suffisante pour les convives.

Ce n'est pas sa puissance qui a mesuré son miracle, mais la faim des affamés. Si, en effet, le miracle avait été mesuré à la puissance, il serait impossible d'évaluer la victoire de celle-ci. Mesuré à la faim de milliers de gens, le miracle a dépassé les douze corbeilles.

Chez tous les artisans, la puissance est inférieure au désir des clients ; ils ne peuvent pas faire tout ce que demandent leurs clients. Les réalisations de Dieu, au contraire, surpassent les désirs. Et il est dit :«Rassemblez les morceaux, de manière qu'absolument rien ne périsse»,pour qu'on ne pense pas que le Seigneur n'a agi qu'en imagination. Mais, lorsque les restes auront été conservés un jour ou deux, ils croiront que le Seigneur a agi en vérité, et que ce ne fut pas une vision inconsistante.

Que le Seigneur daigne nous donner davantage faim et soif de son Pain substantiel et de son Vin spirituel, afin que nous progressions dans son amitié qui construit son Eglise, à Lui soit la gloire aux siècles des siècles.

Site fondé par Père Guy Barrandon († 15 Octobre 2011)