TOUSSAINT

Mgr Germain, évêque de Saint Denis
1987

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Nous célébrons la fête de tous les saints à peu près au seuil de l’automne, au temps où la nature diminue et où l'homme est un peu obligé d'entrer en lui-même pour y chercher la lumière, alors que la lumière extérieure diminue.

Mais si l'on regarde l'Orient orthodoxe, on s'aperçoit que la fête de tous les saints y est célébrée le dimanche dans l'octave de la Pentecôte, c'est-à-dire lorsque l'Esprit de Dieu envoie tous les apôtres pour évangéliser le monde.

C'est très significatif des tempéraments de l'Orient et de l'Occident. Nous vivons dans un Occident un peu trop actif et pas suffisamment contemplatif. Dieu nous ramène par les saints à la vision de la Lumière Divine. L'Orient est un peu trop contemplatif et pas assez actif, Dieu lui dit :«Suivez les saints et répandez-vous comme un fleuve dans le monde».

Lorsqu'un homme s'approche des mystères et les mystères c'est la Vie Divine, il est toujours pris par l'expérience de la sainteté. Seulement il est aussi, peut-on dire, précipité à terre par cette expérience parce qu'il comprend, dès ce moment, que la participation à la sainteté est quelque chose de redoutable et de non immédiat. Nos ancêtres, à travers la liturgie, ont fait retentir perpétuellement un chant que l'on trouve dans l'Apocalypse et qui est le Trisagion, le Saint, Saint, Saint qui est chanté perpétuellement par le monde angélique.

Cette sainteté, qui se communique à tous les hommes quels qu'ils soient, a formé, même s'il est redoutable de l'expérimenter, ce que nos ancêtres ont nommé la communion des saints, c’est-à-dire la présence du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Seulement lorsque l'on a communié à ces saints, notamment par la liturgie, il est nécessaire de savoir que c'est le moyen d'entrer nous-mêmes dans la sainteté. Nous savons tous que le but de l'Église est de permettre à ses membres d'entrer dans la sainteté. L'Église des chrétiens a les arguments dans sa tradition et dans sa vie concrète, pour permettre aux hommes de devenir eux-mêmes, personnellement, des saints sans référence aux autres spiritualités, sans référence à toutes les religions du monde.

C'est là que nous pouvons souligner les moyens dont nous disposons. Il y a sur le registre de l'acquisition de la sainteté, l'inscription d'une échelle déjà faite à l'intérieur de l'être humain. Cette échelle a un barreau inférieur et un barreau supérieur. Ces barreaux inférieur et supérieur, le Christ les a nommés dans les Béatitudes. Il n'explicite pas les moyens pour y parvenir, mais Il dit en quoi ils consistent.

L'échelon inférieur, c'est :«Bienheureux les pauvres en esprit...».Et l'échelon supérieur, c'est :«Bienheureux serez-vous lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de Moi...».

Nous devons comprendre que le commencement de l'acquisition de la sainteté vient lorsque l'homme, n'importe lequel, se sépare du siècle, se sépare de ce que le monde considère comme son propre esprit et qu'il se voit «Pauvre en esprit», mais de quel esprit ? Pauvre de l'Esprit de Dieu.

Cette séparation qui se produit chez tous ceux qui se mettent en route sur le chemin de l'intimité divine, c'est la séparation d'avec celui qui est devenu historiquement et aux origines de l'humanité, le prince de ce monde : le démon. Nous savons que le Christ a lutté contre lui au commencement de sa prédication publique et qu'Il lui a dit :«Satan, arrière ».

Tous les hommes qui marchent vers la sainteté se coupent des esprits du monde, non pas qu'ils les méprisent, non pas qu'ils les délaissent complètement, nous vivons dans le siècle, mais il y a quelque part, a un moment ou à un autre, la nécessité de couper, afin de découvrir que nous sommes des pauvres, des mendiants de l'Esprit Saint de Dieu.

Mais cette première séparation est une autre coupure, celle d'avec Dieu, ce qui peut nous paraître étonnant. Quelle est cette autre coupure ? Elle se nomme l'Humilité. La première séparation nous unit à la Vie Divine, la deuxième fait de nous des dieux, elle nous déifie. Dieu entre chez l'être qui s'ouvre et se coupe de Lui par l’humilité et à ce moment-là, avec ce balancement dans notre existence, nous sommes une corde tendue vers la véritable sainteté qui n'est autre que la communion avec Dieu, et déification qui fait de nous des dieux.

Soyons courageux dans la vie, ne prétendons pas à une sainteté artificielle, mais disons que nous faisons partie de la communion des saints, et c'est pour cela. que nous viendrons communier au Corps et au Sang du seul Saint parmi les saints qui est notre Dieu. Et puis dans notre existence quotidienne, arrachons-nous à l'idolâtrie des esprits de ce siècle, mais servons le monde simultanément et opérons en même temps l'ouverture du cœur qu’on appelle l'humilité et qui s'exprime concrètement par une sorte de distance, d'abîme d'avec Dieu. Mais c'est Lui le seul Saint qui sanctifie tout notre être en venant en nous.

Amen !

Site fondé par Père Guy Barrandon († 15 Octobre 2011)