Pèlerinage en Géorgie (2010)

Avec le patriarche Élie II, Monseigneur Germain et le diacre Henry Régimbeau

Pèlerinage en Géorgie

Quelques clercs et fidèles de l’ Église catholique orthodoxe de France ont accompli un pèlerinage pascal auprès de l’Église orthodoxe de Géorgie entre le 27 avril et le 7 mai derniers.

Ils ont pu vérifier que l’Église du Christ se meut et accomplit son œuvre lorsqu’elle reçoit l’Esprit-Saint en elle-même comme donateur de vie et que ce même Esprit est reçu comme compagnon perpétuel par chacun de ses membres.

Le pays, la Géorgie, subit depuis trois millénaires de grandes tribulations politiques.

Enserré en notre temps entre la Russie, la Turquie et l’Iran - trois empires récents - le Géorgien a vu passer les Perses, les Grecs, les Mongols… et il se tient encore debout, chrétien de foi et fondé dans le génie de sa race et de sa terre. « Romain d’Orient » par Byzance, en parallèle au « Romain d’Occident » par la Rome antique, le Géorgien garde en son Église la tradition primitive du christianisme et les moines de cette contrée ont su lui transmettre, de génération en génération, la foi orthodoxe.

Rassasiée d’épreuves, l’Église de Géorgie, morte et ressuscitée maintes fois au cours des âges, se tient ferme au concile des Églises orthodoxes de ce temps, vivifiée par le second Paraclet. Elle s’est donnée un patriarche - Elie II - paternel et vigoureux, qui considère de son devoir de mener les siens à la lumière de la Résurrection sans perdre des forces dans les œuvres secondaires ou étatiques (œcuménisme de façade, socialisme politique).

Dès lors, ceux-là, les Géorgiens ont pour compagnon quotidien l’Esprit de Dieu. Il siège en leur esprit et ils se savent dans le monde mais non de ce monde. Ils entrent à toute heure dans les nombreuses églises, se signent, vénèrent les saints, allument des cierges. Ils sont de la race de ceux qui vont à la rencontre de l’Agneau à travers les vicissitudes des temps et des lieux. Ils aiment leur terre.

Surpris et intéressés, semble-t-il, de rencontrer des Européens occidentaux, membres d’une Église de même foi que la leur et autre qu’issue de Byzance, les Géorgiens acceptent, à travers notre pèlerinage, que l’Esprit-Saint puisse susciter maintenant des Églises vivantes au sein des nations nées dans l’ancien Empire de Rome.

Nous nous sommes embrassés tous, patriarche, clercs, fidèles, moines, Géorgiens, Français…

Évêque Germain de Saint-Denis



Grâces à Dieu ! Le nuage de poussières du volcan islandais n’a pas empêché notre voyage aérien vers Tbilissi, capitale de la Géorgie. Nous avons seulement été déroutés via Francfort en Allemagne, ce qui a rallongé notre voyage de plusieurs heures et obligé nos hôtes à venir nous accueillir à une heure du matin à l’aéroport. Dans l’avion, il y a deux évêques, Monseigneur Germain et nous le saurons à l’arrivée en allant nous présenter à lui l’archevêque Andréa de Samtavisi-Gori. À l’arrivée, plusieurs personnes veulent être prises en photo avec l’archevêque, dont trois jeunes femmes travaillant à l’aéroport : l’une d’entre elles se prénomme Nino (comme la sainte patronne de la Géorgie), parle un excellent français, toute étonnée qu’un groupe de quinze pèlerins orthodoxes venus de France vienne visiter son pays. Effectivement, nous ne croiserons dans notre périple que quelques hommes d’affaires et deux ou trois touristes français dans cette belle région peu connue des Européens. Et pourtant, à peine débarqués, il semble que nous soyons en pays de connaissance, accueillis par l’Église du lieu !

Nos hôtes nous attendent à l’aéroport, ils sont « franco-géorgiens » : la princesse Véronique Murat et sa famille ont bien voulu organiser notre circuit sur place, sur un itinéraire préparé avec passion et minutie par Agnès Ducat, chantre à la paroisse de Pau.

La famille Murat est en Géorgie depuis Napoléon III qui organisa le mariage entre le prince Achille Murat, petit-fils du roi de Naples, Joachim Murat (maréchal d’Empire de Napoléon 1er), et la princesse Salomé Dadiani, fille du prince régnant de Mingrélie (une des régions de Géorgie, sur les bords de la Mer Noire), le 18 mai 1868 aux Tuileries. Le jeune couple participa activement au développement culturel, industriel et agricole de la région (notamment en plantant des vignobles). En 1920, la révolution soviétique exila tous leurs descendants, mais, en 1995, les Murat furent invités à retourner sur leurs terres : seuls parmi eux, le prince Alain et la princesse Véronique ont accepté, se sont intégrés dans le pays, en créant notamment une école française et en aidant des familles dans le besoin par le biais de leur association SOS Enfants de Géorgie.

Après une courte nuit, nous commençons la journée par la visite de la plus ancienne église de la ville, Antchiskhati, qui date du VIème siècle. Le nom de l’église vient d’Antcha, une ville de Turquie d’où provient une très ancienne icône de la Vierge Marie arrivée à Tbilissi et vénérée en ce lieu, l’original étant aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts de la ville. Son chœur traditionnel d’hommes est très réputé. Nous restons jusqu’à la fin de la liturgie de rite byzantin chantée par trois femmes et un homme : le chant est profond, émouvant, avec des sonorités très similaires au chant traditionnel corse. À côté du chœur, l’icône d’un saint, représenté avec une partition annotée à l’occidentale, attire mon regard : il s’agit de saint Euthyme le Confesseur, le sauveur du chant liturgique géorgien, mort en 1944, dont nous retrouverons l’icône dans d’autres églises, près du chœur, comme pour bénir les chantres dans leur service ecclésial.

Tbilissi est construite au bord du fleuve Mtkvari. Le nom de la ville est lié aux sources sulfureuses chaudes et à une légende d’après laquelle le roi Vakhtangue Gorgassali (Vème siècle), lors d’une chasse, lança son faucon après un faisan ; il attendit, mais ne vit pas revenir les oiseaux. Alors il suivit la direction prise par ceux-ci plus bas dans la vallée où coulait une rivière dégageant de la vapeur de la couleur du soufre. Il constata que le faisan s’était noyé et que le faucon s’était posé dessus. Conquis par la source d’eau chaude, le roi fonda Tbilissi dans cette même vallée (tbili signifie chaud en géorgien).

Nous allons ensuite au Musée des Beaux-Arts, où se trouve notamment, dans des salles plutôt délabrées, au fonctionnement hérité du communisme, une riche collection d’icônes émaillées. Le trésor national géorgien a été sauvegardé en France pendant vingt-quatre ans : il a manqué d’être dilapidé par les soviétiques en 1921, il aurait pu être vendu par la première République de Géorgie, exilée en France et à cours d’argent, et il a été soustrait à la convoitise de l’armée allemande pendant l’Occupation, tout ceci grâce aux bons soins du savant et homme politique Euthyme Takhaïchvili, canonisé il y a huit ans par l’Église de Géorgie. Et grâce à un accord entre De Gaulle et Staline 1, la Géorgie a ainsi réussi à sauvegarder la plus grande partie de son patrimoine artistique.

Les pièces les plus intéressantes pour nous sont les objets de culte de l’ère chrétienne : icônes, croix d’autel et de procession, coupes, ostensoirs en or et en argent, relevés d’émaux. La Vierge de Tsilkani est la plus ancienne, elle date du IXème siècle. Les peintures sont enchâssées d’or et d’argent, selon les techniques du repoussé. Le fameux triptyque de Kakhouli, centré sur une effigie de la Vierge datant du Xème siècle, est la plus large pièce d’émail cloisonné du monde, décorée de plus de trois cents pierres précieuses. Un étonnement pour nous dans un musée : avec le regard indifférent des surveillants, les Géorgiens n’hésitent pas à se signer et à prier le temps qu’il faut devant les icônes exposées.

La cathédrale de Sioni où nous nous rendons ensuite était l’ancien siège du patriarcat de Géorgie. Elle contient la précieuse croix de sainte Nino, qui a particulièrement impressionné Sophie…

1 Takhaïchvili avait obtenu en 1945, par une garantie signée des deux dirigeants que « le retour des manuscrits, des pièces de toreutique et d’orfèvrerie, des émaux et des tableaux géorgiens s’effectuera avec l’engagement d’un retour à Tbilissi, et uniquement à Tbilissi ».

Sur les pas de sainte Nino en Géorgie

Sainte Nino

Je présume que sainte Nino m’a demandé de vous conter son histoire pour qu’on pense à la prier, un peu comme on prie Marie-Madeleine, en raison de fortes similitudes entre ces deux saintes, deux femmes fortes sur les pas du Christ. En tout cas, elle m’a parlé comme m’avait parlé Thècle en Syrie et c’est pourquoi j’ai voulu vous faire profiter de ce passage de notre pèlerinage. En effet, sainte Nino, Nina en Russie, Christiane pour nous, a exercé une véritable évangélisation de ce pays un peu austère, derrière ses si hautes montagnes enneigées.

En arrivant en Géorgie, on ne peut déterminer avec exactitude où repose Nino. La sainte semble être partout. Est-ce au monastère de Djvari où on peut vénérer des reliques de la Sainte Croix (la boutique est d’ailleurs tenue par un « ours » dompté mais encore un peu grin- cheux) ? Ou bien est-ce à Svetitskhoveli, lieu du baptême du roi Mirian, où repose sainte Sidonie, célèbre pour avoir expiré tenant dans ses bras la tunique du Christ ? C’est en fait au monastère de Botbé (XIème siècle) que nous retrouverons le parfum de Nino.

Nino était originaire de Colistri en Cappadoce, fille du général Zabulon, par là, parente de saint Georges. Du côté de sa mère, elle descendrait du patriarche de Jérusalem. Alors qu’elle avait 14 ans, la Vierge lui apparut avec un cep de vigne formant une croix qu’elle attacha avec ses cheveux (d’où sa représentation), et lui ordonna de convertir l’Ibérie, nom antique de la Géorgie, dans laquelle elle entra par Akhalkalaki en Djavakhétie et arriva à Mtskhéta. Ce lieu alors forte- ment païen adorait le dieu Armazi. La reine Nana, malade, fit appeler Nino auprès d’elle et fut guérie par ses prières. La reine se convertit donc au christianisme. Le roi restait réticent et ce d’autant plus qu’un des enfants du couple royal, malade décéda : le roi Mirian chassa alors Nino. Cependant lors d’une chasse, Mirian fut aveuglé et ne trouva plus son chemin. Il se rappela alors les prières que faisait sa femme et retrouva sa route : il se fit immédiatement baptiser et, en 327, il convertit son royaume entier au christianisme.

Il fit construire la première église d’Ibérie sur l’emplacement de l’actuelle cathédrale de Svetitskhoveli. Ce lieu resta longtemps la plus importante église du pays, dont le nom signifie « colonne donnant la vie » ; elle tire son nom de la légende selon laquelle un soldat juif géorgien ayant assisté à la crucifixion du Seigneur aurait emmené avec lui la tunique du Christ à Mtskhéta, sa sœur Sidonie lui aurait prise et aurait succombé dans une passion de foi. Ne pouvant lui arracher le saint suaire, on l’aurait enterrée avec elle, un arbre aurait poussé sur sa tombe ; des bâtisseurs voulant construire l’église auraient coupé l’arbre, mais celui-ci refusait de tomber ; Nino par ses prières « ressuscita l’arbre » qui se remit à fleurir et à produire une huile guérisseuse. Puis Nino planta son cep de vigne à l’endroit de l’actuel monastère de Djvari, dominant toute la vallée, il fut le premier symbole de la chrétienté en Géorgie. Après quoi, elle se retira en Kakhétie à Botbé, lieu aujourd’hui occupé par un monastère féminin où l’on peut vénérer la tombe de la sainte nationale.

Point fort de notre pèlerinage, nous avons passé un grand moment sur sa tombe et chacun de nous a pu se recueillir et poser son chapelet ou sa croix sur cette sainte sépulture.

Sophie Casadio-Régimbeau


Nous vénérons aussi, dans la cathédrale Sioni, une icône miraculeuse de la Vierge Marie : en 1227, les envahisseurs perses, voulant convertir de force les chrétiens, les conduisirent sur un pont de Tbilissi en les forçant à fouler au pied l’icône du Christ et cette icône de la Vierge. Beaucoup refusèrent et furent martyrisés ; ils eurent la tête coupée, des milliers furent jetés dans le fleuve qui devint rouge du sang de ces nombreux martyrs.

Le lendemain, nous visitons une église récente toute fresquée dédiée à la reine Tamar. Le patriarche actuel, Elie II, est représenté sur un mur latéral, dédicaçant l’église à la sainte, ainsi que le précédent prêtre du lieu, décédé jeune à la suite d’une banale opération chirurgicale. Son recteur actuel, le père Zacharie, nous reçoit chaleureusement et nous emmène visiter un atelier de confection de tissus liturgiques et d’habits folkloriques. Il a déjà écrit plusieurs volumes sur les saints de l’Orient et de l’Occident, ce qui lui permet de découvrir avec joie la richesse de la vie chrétienne dans les Gaules, notamment à l’époque mérovingienne.

Notre minibus, où nous sommes plutôt à l’étroit, nous mène au cœur de l’ancienne Géorgie, à Mtskheta. Nous grimpons d’abord à l’ancien monastère de Djvari (« La Croix »), superbement perché sur une hauteur au confluent de deux rivières : c’est là que sainte Nino planta une croix sur un ancien autel qui servait aux sacrifices païens ; autour de cette croix a été bâtie l’église cruciforme qui possède aussi un reliquaire de la croix du Christ. En plongeant nos regards vers le bas, et en remontant le temps dix-sept siècles en arrière, on peut imaginer le roi Mirian baptisé dans les eaux du fleuve avec ses soldats...

Et c’est dans cette vallée que fut bâtie l’immense cathédrale de Svétitskhovéli : bien que ce soit un jour de semaine, les mariages se succèdent, avec plusieurs couples mariés en même temps par le prêtre. Nous remarquons une belle coutume : après le couronnement, le prêtre emmène l’époux et l’épouse vers les portes saintes, pour qu’ils y vénèrent en même temps l’un, l’icône du Christ, l’autre, l’icône de la Vierge ; puis ils se croisent devant les portes pour aller vénérer, chacun, l’autre icône.

Plus proche des deux fleuves, se trouve la petite église d’Antiochi, datant aussi du IVème siècle, presque entièrement refaite récemment : les moniales chantent pour nous dans l’église et nous chantons aussi nos chants liturgiques… instant de communion au-delà du langage qui nous sépare.

À l’église de Samtavro, nous allons sur la tombe d’un fol en Christ, l’archimandrite Gabriel. Il est né au ciel en 1995, et Monseigneur Germain l’avait rencontré lors de son précédent voyage en Géorgie. Il y a foule, et les jeunes mariés viennent s’incliner sur sa tombe avant de poursuivre les festivités du mariage. Nombreux sont les témoignages de la vertu curative de l’huile prélevée dans la vielleuse allumée perpétuellement sur son tombeau (nous en avons rapporté en France).

Le 1er mai 1965, le père Gabriel avait mis le feu au portrait de Lénine sur le palais du gouvernement. À l’interrogatoire, on lui a demandé la raison de son comportement, en lui rappelant que les chrétiens devraient respecter le gouvernement. Le père Gabriel a répondu : « Parce que sur le portrait était écrit : Gloire au grand Lénine ! Toute la gloire doit être rendue à Dieu. Une tête morte ne peut être glorifiée. J’ai brûlé son portrait non pas en tant que c’est un dirigeant, mais en tant qu’idole ! ». Les autorités n’osent pas le condamner à mort, ils le déclarent fou. Le père Gabriel passe de longues années en prison. Il parle de Dieu aux prisonniers. Plusieurs rient avec lui, agenouillés. Même des criminels lui demandent de leur parler du christianisme et de prier pour eux.

Un témoin, étonné, raconte qu’il pouvait regarder le soleil en plein jour, comme nous regardons la lune la nuit ; le père Gabriel lui a dit : « C’est rien par rapport à la vision du Créateur du soleil ». Une voisine raconte que son mari avait demandé au père, en plaisantant, de leur offrir une icône faite par lui. Tout joyeux, il sort sans rien dire et revient avec une grande icône du Christ dans un encadrement fermé : « Avec cette icône, la grâce est entrée dans votre famille. Ne la dérangez pas souvent. Demandez-lui quelque chose seulement quand vous en avez très besoin ». Lorsque l’une de ses filles est tombée très malade, sans espoir de survie, les médecins ont refusé de l’opérer. La maman est allée prier devant les icônes, disant ensuite fermement aux médecins d’opérer de suite. L’enfant a été sauvée. Au retour de l’hôpital, la maman a constaté que le cadre de verre de l’icône s’était ouvert tout seul. Et quelques années plus tard, ce phénomène s’est renouvelé pour son autre fille, lors d’un accouchement à risques.

Auprès du tombeau, nous rencontrons deux Français, catholiques romains, dirigeants d’une entreprise du Nord de la France, venus prendre des contacts commerciaux en Géorgie. La princesse Murat les invite à partager notre repas du soir à Tbilissi : un repas joyeux, ponctué de chants de nos deux pays, alimenté par les toasts selon la coutume géorgienne, enrichi des anecdotes spirituelles racontées par notre évêque. Nos hôtes semblent quelque peu surpris par ces pèlerins singuliers.

Le vendredi, nous passons la journée à Chio Mgvimé, cet ensemble monastique, situé en pleine montagne semiaride, dans un cirque naturel de falaises percées de grottes. Laissons la parole à l’organisatrice de notre pèlerinage qui a particulièrement apprécié ce lieu.

Une journée à Chio Mgvimé

Monastère de Chio Mgvimé

Quittant Tbilissi et la vallée de la Mtkvari, notre « petit bus » conduit fermement par Mixo, se lance à l’assaut des montagnes toutes proches. Minuscule point rouge serpentant sur les flancs verdoyants des contreforts du Caucase… Peu à peu le brouillard se déchire, et, miracle, le soleil apparaît, encore timide mais bien présent. Il ne nous quittera pas de la journée, et c’est tant mieux car nous allons marcher en pleine nature.

En effet, le site de Chio Mgvimé est un cirque naturel exposé au sud, où la montagne semble avoir préparé de tout temps une retraite pour les moines qui l’ont habitée, d’abord dans les grottes trouant les parois grises, puis dans le monastère établi à l’entrée du cirque. Des moines chassés aux temps mauvais de l’occupation soviétique, et qui réinvestissent aujourd’hui ces lieux consacrés à Dieu dès le IVème siècle. En ce temps, un saint père venu de Syrie, nommé Jean, parcourt la vallée de la Mtkvari avec ses douze disciples évangélisateurs. Parmi eux, Chio. Il décide de s’isoler dans la montagne, entraînant avec lui de nombreux moines qui s’installent alentour dans les grottes (« mgvimé » en géorgien). Ermite, saint Chio passe treize années dans une excavation profonde à laquelle on accède par un puits, le long d’une corde. Sa renommée est fort grande dès son vivant. Il reçoit même des visites royales qui nécessitent l’aménagement d’un accès spécial pour l’approcher.

Le monastère construit au-dessus de la grotte sacrée et les très nombreuses grottes qui l’entourent témoi- gnent de l’importance de saint Chio. Le site lui-même appartient entièrement au monastère. Nous laissons le petit bus derrière le haut portail qui ferme l’entrée du domaine et nous nous avançons en silence sur le chemin qui… monte, bien sûr. Autour de nous, à chaque pas, le printemps explose parmi les herbes si vertes, les feuillages nouveaux et les fleurs qui parsèment les prairies de splendides couleurs. Les bâtiments, sobres et massifs, aux pierres claires et dorées, aux toitures de tuiles, renvoient une chaude lumière.

Nous entrons dans l’église vénérer les saints et nous présenter aux moines. Les pourparlers sont longs et fastidieux ; le patriarche est à l’étranger, il ne peut témoigner en notre faveur et son secrétaire est méfiant : sommes-nous dignes de visiter les lieux saints ? Finalement les moines se laissent convaincre et l’un d’eux nous conduit à la fameuse grotte. Rude impression que cette descente de douze marches peut-être vers un sombre et froid goulet qui nous mène au lit d’éternité du moine. Nous tenons à peine dans la grotte. Serrés les uns contre les autres, nous chantons les yeux rivés sur le saint, dont la sépulture hiératique traduit les nobles traits. Au-dessus de nous, blanc et immobile, un gros œil nous regarde : c’est le puits d’où l’on jetait la nourriture, et parfois, la corde…

Revenus à l’air libre, nous passons un doux moment au soleil printanier, assis aux côtés du moine qui laisse maintenant libre cours à sa bienveillance. Laissant Père Jean-Louis explorer une grotte, nous nous rassemblons auprès de nouveaux arrivants apportant de quoi nous sustenter. Et parce que la princesse Véro- nique est restée simple, et que nous sommes entre nous, à la campagne, nous pique-niquons simplement, à la géorgienne : caviar, vodka, bière, chips et poisson fumé !

Et ensuite ? C’est l’ascension à flanc de montagne, par un charmant sentier à travers bois, qui nous mène à la chapelle perchée si haut, tout là-haut, au-dessus du cirque et de la vallée d’où nous voyons s’élancer la Mtkvari, vers Mtskhéta, vers Tbilissi ! D’un côté, la vue sur le confluent, la ville et une austère et grise usine soviétique… De l’autre, l’écrin verdoyant surmonté des hautes parois montagneuses où se niche le monas- tère… Deux mondes. Sur notre belvédère, nous savourons le ciel nous inondant de lumière. Recrus de soleil, de grand air, de parfums printaniers, nous touchons au but : voici la chapelle. Si petite, si ronde, si fièrement plantée sur son promontoire, au-dessus de tout. Le sentier s’est abaissé au sortir du bois, il tourne, remonte, et elle est là. Et nous y sommes. Soudain silencieux, nous pénétrons par une étroite porte latérale. C’est la splendeur des saints ; nous chantons, un minuscule cierge de cire brute à la main. Les fresques, pourtant outragées, sont transfigurées. La beauté du lieu et de l’instant s’inscrit dans mon cœur à tout jamais.

Au retour, les herbes et les fleurs du chemin semblent multipliées. Françoise herborise, et la création s’offre à notre émerveillement avec de gracieuses fleurs secrètement dévoilées le temps de les nommer…

Chio Mgvimé, saisissant raccourci, où, en une journée, des entrailles de la terre à la crête ensoleillée, nous louons la Sainte Trinité en un même chant d’allégresse.

Agnès Ducat.



Le 1er mai est là. En France, nous fêtons Notre-Dame-du-Labeur, et les saints apôtres Philippe et Jacques. En Géorgie, nous sommes dans le brouillard le plus complet. Et même pas un brin de muguet, sauf celui que nous fait respirer Sœur Yéléna en nous racontant l’anecdote savoureuse qu’elle a vécue dans son enfance pour la fête de saint Georges, où, avec son soutien, dans la nuit tombante, un paysan lui indique un champ rempli de muguet, alors qu’elle cherchait vainement à en acheter un seul petit brin, battant la campagne sur son vélo de jeune fille, pour l’offrir à son père, Georges, à l’occasion de la ‘slava’ familiale.

Comme tous les matins, dans le bus, nous chantons les laudes de la Résurrection, pour que le soleil soit dans le cœur. Puis nous allons, par des chemins de boues et de pluie, vers les églises abandonnées : le nouveau Choamta et l’ancien Choamta. Nous rêvons de la restauration de ces belles églises à coupole, et nous y chantons quelques-uns de nos chants.

On nous promet la visite de Tsinandali, appelé quelquefois le Versailles de la Géorgie. Certes, c’est une belle demeure princière, mais seulement comparable en taille au Petit Trianon, où vécut le prince-poète Alexandre Tchatchavadzé, ancêtre du prince Murat. Autour du château, on élève des vins réputés qui seront ser vis à table, notamment pour fêter ce jour le trentième anniversaire du sacerdoce de l’un des prêtres. Après le repas, l’on visite le musée du château avec notamment quelques oeuvres intéressantes de Dali.

Le soir à Télavi, depuis la terrasse de l’hôtel, nous apercevons, dans les nuages, les montagnes fraîchement enneigées du Caucase, impressionnantes par leur masse et leur hauteur. Plus à l’ouest, à la frontière de la Russie, se trouve le Mont Elbrouz, le plus haut sommet d’Europe qui culmine à 5 633 mètres, un colosse dont la légende raconte que Prométhée y aurait été enchaîné et que l’arche de Noé y aurait fait escale avant de s’échouer sur le Mont Ararat.

Le dimanche 2 mai, nous sommes attendus au monastère de Khvélatsminda (« Tous les saints »). À l’écart au milieu des bois, nous arrivons d’abord devant la cathédrale de la Dormition, une église à deux coupoles du VIIIème siècle, unique dans l’architecture de Géorgie. Après un entretien et quelques questions sur notre Église, les clercs seront invités à l’autel et les fidèles participeront aussi au sacrement eucharistique. Après la liturgie, les moines nous disent leur joie : ils voient notre visite comme une bénédiction, ayant reçu aussi dans la semaine des moines venus de Jérusalem, ce qui est rare dans cet endroit isolé. Dans la salle du réfectoire, les agapes sont chaleureuses et nos hôtes nous honorent avec plusieurs toasts et des chants populaires géorgiens. L’higoumène, le père Raphaël, nous raconte plaisamment une parabole sur l’utilité des moines, tirée de son expérience de la taille de la vigne. Les gens mariés sont comme ces rameaux de vigne avec des bourgeons qui produiront des raisins (le fruit des entrailles), et les moines comme ces rameaux sans bourgeons que l’on laisse sur le cep de vigne même s’ils ne donneront aucune grappe dans l’année : ils restent stériles, sans fruit visible, mais des raisins y apparaîtront lors d’une vendange ultérieure. Et il convient de veiller à toujours garder ces deux types de rameaux pour la bonne croissance de la vigne du Seigneur.

Dans le désert de Saint-David : le chemin des grottes

Après un passage à l’église fortifiée de Grémi, nous allons apporter quelques vêtements et cadeaux à une famille pauvre de la campagne, dont s’occupe l’association de la princesse Murat : la maman et sa jeune sœur se sont mises en quatre pour nous recevoir, et les quatre enfants sont ravis de la grande boîte de feutres et de crayons que nous avait confiée Mauricia.

Le soir, notre minibus bat la campagne, sous la pluie froide et de nuit (il n’y aucun panneau indicateur en dehors des grandes villes !) pour trouver enfin la maison isolée de Simoné Rouadzé qui nous reçoit avec sa famille en tchokha (le costume local) et nous fait visiter sa cave, son atelier de fabrication du pandouri (le luth géorgien) et l’original four à pain où la pâte à cuire est collée sur les parois arrondies d’un petit puits au fond duquel la braise a été étalée. Nous y dînons, réchauffés par la cheminée, avec un repas traditionnel (la soupra), ponctué des toasts habituels etde chants de son groupe polyphonique de qualité qui s’est déjà produit plusieurs fois en France, en Bourgogne.

Le village de Sighnaghi, que nous visitons le lendemain, est un des plus charmants de la région de la Khakétie, perché sur une colline, fortifié, serpenté par des rues pavées en pente que surplombent les balcons ouvragés de coquettes demeures. Nous grimpons vers une petite église qui ne veut pas s’ouvrir… la porte cède grâce à l’ingéniosité de l’un des nôtres, et, à l’abri de la pluie froide, nous y chantons les laudes, avec les lectures du jour pour nourriture. Sur les parois des bacs à sable où sont plantés les cierges, beaucoup d’images de saints, quelquefois abîmées ou bombées, laissées par les visiteurs : à une place libre, nous posons la photo d’une icône de l’évêque Jean, en souvenir de notre passage.

L’après-midi, nous visitons le monastère de Bodbé, où se trouve la sépulture de sainte Nino. Sans l’avoir programmé, nos guides nous conduisent alors dans un monastère d’hommes qui domine une large vallée. Derrière l’autel une icône du Christ brodée : les moines nous font remarquer des traces d’huile sur la vitre qui recouvre l’icône, nous racontant que de l’huile a coulé plusieurs jours en 2008 pendant la guerre dans la province d’Ossétie

Le mardi 4 mai, nous faisons une longue route dans le désert de David Garedja, dans les steppes proches de la frontière avec l’Azerbaïdjan. C’est un désert tantôt plat, tantôt vallonné, verdoyant, parsemé de quelques rares fermes, et peuplé çà et là de quelques troupeaux de moutons. David était un des treize pères syriens du VIème siècle qui évangélisa la région sud du Caucase. Après avoir prêché à Tbilissi, David s’est installé dans ce désert, sur une falaise, dans une grotte partagée avec un autre ermite. La source à laquelle ils s’abreuvaient, considérée comme une eau miraculeuse, existe encore : elle est connue sous le nom d’« eau des larmes », et nous en avons rapporté en France (nous rappelant aussi que le christianisme des Gaules doit beaucoup à l’influence syrienne).

Lors d’un pèlerinage à Jérusalem, saint David rapporta une pierre qui avait des pouvoirs mystérieux de guérison. Cette pierre - vraisemblablement une copie car l’original est en lieu sûr - est posée sur le tombeau du saint. Saint David eut de nombreux disciples qui construisirent leurs ermitages en creusant des grottes dans la falaise.

Aidés par des montagnards du lieu, agiles comme des cabris, une moitié du groupe visite plusieurs de ces grottes, comprenant souvent des chapelles fresquées, hélas bien abîmées, mais dont la restauration est prévue prochainement. Une des fresques représente deux saints debout, à côté de biches et de leurs petits, car, dit-on, elles venaient des environs vers les grottes pour se faire traire par les ermites et offrir ainsi leur lait pour la nourriture des hommes de Dieu. Des hauteurs, par un regard circulaire, le paysage est envoûtant, avec des nuances de vert et d’ocre sublimées quand les rayons du soleil daignent percer les nuages, me rappelant un verset de psaume d’un autre David, « les montagnes bondissant comme des béliers et les collines comme des agneaux » (Ps 114).

Après le désert, nous retournons vers l’agitation de Tbilissi, où nous resterons jusqu’à notre départ pour vivre encore d’autres rencontres. Le mercredi  avant notre départ est journée  libre,  permettant à chacun,   par petits  groupes, de visiter tel ou tel endroit, de rapporter  quelques souvenirs, de faire des achats d’objets  liturgiques, ou simplement de flâner ou se reposer.

Nous  apprenons  aussi que nous sommes  attendus  au patriarcat,  à qui nous avions demandé rendezvous alors que nous étions déjà en France. Nous le devons en particulier à l’insistance de la princesse Murat, elle-même orthodoxe  et connaissant bien le patriarche  et plusieurs  évêques. Un membre du clergé reçoit Monseigneur  Germain accompagné de Sœur Yéléna, du vicaire et de notre guide et interprète Shota, tandis que les autres pèlerins attendent devant le siège du patriarcat, un bel ensemble de bâtiments au bord du fleuve, protégé par la police  nationale.

Après un entretien d’une demiheure avec ce secrétaire, nous sommes brièvement  reçus par le patriarche Élie qui interrompt  une réunion avec plusieurs  évêques pour recevoir notre délégation.  Il est attentif,  bienveillant,   se souvient de la visite de Monseigneur  Germain datant de plus de quinze ans, et l’interroge sur la vie de notre Église, disant qu’il nous  a gardés dans ses pensées après le premier entretien avec notre évêque. Monseigneur Germain lui remet en cadeau des reliques de saint Placide, disciple  de  saint Benoît,  et le remercie de l’accueil de l’Église de Géorgie  à notre  égard.

Remise des reliques de saint Placide

Le 6 mai dans le calendrier julien suivi par l’Église de Géorgie est la fête de saint Georges dont une statue  dorée  trône sur la colonne élevée   d’une  place centrale de la capitale. C’est une grande fête, et, bien que ce soit un jour de  semaine,  les Tbilissiens vont  en masse vers les églises pour la liturgie.  Nous allons  à la nouvelle cathédrale dont les dimensions sont impressionnantes et partons suffisamment tôt pour pouvoir nous installer dans les premiers rangs. C’est le patriarche  qui célèbre, solennellement habillé, sur un trône installé  dans le fond de la nef. Avant la liturgie,  c’est une véritable ruche, avec un clergé très nombreux habillé de vêtements de couleurs vives, et une église pleine de fidèles  qui vénèrent  les nombreuses grandes icônes installées dans la nef.

Une bonne  dizaine de chaînes de télévisions ont installé leurs caméras pour retransmettre  les moments importants  de cette fête nationale. Pendant l’office  des matines, Monseigneur Germain est interviewé  quasiment par toutes les chaînes  pour expliquer pourquoi une délégation de notre Église est présente en ce jour. C’est là que j’apprends  que notre évêque est aussi sous la protection   de saintGeorges (son troisième prénom de baptême, avec celui  de Gilles  et de Marie). Son vicaire est également brièvement interviewé par l’une  des chaînes. Pendant  les laudes, un clerc vient nous prévenir que  le clergé  est invité au repas donné par le patriarche après la liturgie qui dure plus de trois heures. Le patriarche  célèbre dignement, il est accompagné  dans ses lents déplacements par deux sousdiacres qui l’aident  notamment   à monter  les marches du parvis de l’autel, et à la fin de la liturgie,  il doit être protégé par de véritables gardes  du corps qui l’entourent quand il va vénérer les icônes et pour  aller jusqu’à sa voiture,  car il est  très aimé et vénéré  par les fidèles qui veulent  recevoir  sa bénédiction. Pendant la communion, nous entendons un beau  chant, dont nous apprendrons qu’il a été composé par le patriarche, féru de musique liturgique et de musique sacrée puisqu’il  a récemment  composé  un Ave  Maria pour une soliste accompagnée   par  un orchestre symphonique. Il a également peint  des icônes.

À la table du patriarche sont notamment présents Monseigneur Gujerotti,  nonce apostolique du Vatican  pour la  région, deux métropolites, le vice-premier ministre chargé de l’intégration  euroatlantique, Georges Baramidzé, quelques clercs géorgiens et des pèlerins venus de Russie, de la région presque voisine  de Rostovsur-le-Don. De nombreux toasts sont portés selon la tradition  géorgienne notamment  par l’un des métropolites qui joue le rôle de‘tamada’, une sorte  de maître  de cérémonie  du repas,  et par le nonce apostolique, un évêque plein d’humour,  ce qui nous permet d’en comprendre  l’essentiel puisque les discours géorgiens sont traduits en italien. Il y a des vœux pour  le patriarche, pour l’Église de Géorgie, pour le vice-premier ministre dont c’est la fête, pour tous  les invités et pour l’union fraternelle  des Églises  d’Orient et d’Occident anticipée  par ce banquet,  ce à quoi nous disons amen.

Au moment du départ, l’un des prêtres russes avec qui nous avons sympathisé (il s’appelle aussi Georges), en souhaitant beaucoup d’années à notre évêque, nous raconte une histoire qui nous fait tous éclater de rire. Pour  résumer, l’évêque de Rostov portait récemment un toast à un vieux prêtre âgé de 95 ans, lui souhaitant de devenir centenaire ; et le prêtre de répondre : « Monseigneur, soyez remercié de vos bons vœux à mon égard, et pardonnez mon  audace :  pourquoi  mettre une limite  à  la  miséricorde divine  ? ».

En fin d’après-midi, nous avons la chance d’avoir  des places  pour le Ballet  National  de Géorgie  :  instant magique  de chants, de danses, de flûtes  et de tambourins,  où la grâce ne cède en rien à la virtuosité,   et où nous communions avec   le   public enchanté  à la culture  séculaire des différentes  régions de la Géorgie. Et c’est le dernier  repas avec nos hôtes  à qui nous laissons des disques de notre Église, nos chants ayant  aussi été appréciés  tout au long du voyage tandis  que nous entendons encore résonner dans nos oreilles  le  chœur  des trois hommes  présents pour  ces agapes d’au-revoir.

Au long de ce voyage riche  et indescriptible par les mots,  je me suis souvent demandé pourquoi  le temps avait été le plus souvent gris, pluvieux, brumeux, malgré nos prières auprès de saint Autbode (ce saint irlandais et picard qui éloigne la pluie)  et auprès  des saints locaux. Le soleil est apparu   seulement au cours de trois journées, lorsque nous devions marcher en montagne  et le jour de  la  saint Georges où nous sommes montés vers la cathédrale de Tbilissi. C’est seulement  vers  la fin du voyage qu’il m’est venu une explication possible, en me souvenant de l’épisode  de la Transfiguration  où la nuée couvrait  la montagne en même temps  que les disciples  furent éblouis  par la lumière  du Christ. En Géorgie,  nous fûmes accueillis par Lui, le Verbe, et par nos frères géorgiens imprégnés de la loi de Moïse et de l’esprit d’Élie, et nous avons pu dire avec les apôtres Pierre, Jacques  et Jean :

« Seigneur, il nous est bon d’être ici ! ».

Prêtre Jean-Louis Guillaud

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